Un peu de recul...
Par Célia Surget
Combien de fois vous êtes vous demandés : “Pourquoi, pourquoi lit-on l’histoire de l’Akedah, du sacrifice d’Isaac, à Rosh Hashanah ?”. Je me le demande chaque année. Et chaque année je trouve une réponse différente.
J’ai appris que l’on lit cette histoire à cause du lien qui existe
entre le bélier qui est sacrifié et le shofar dont on joue à Rosh
Hashanah. Une autre explication nous enseigne que Sarah conçue Isaac un
jour de Rosh Hashanah1. Ainsi que nous lirons, Dieu ordonne à Abraham
de sacrifier son fils Isaac. Ceci, nous dit-on, est un test de la
loyauté d’Abraham. Nombreux commentateurs ont été dérangés par le fait
qu’ Abraham semble suivre aveuglément un ordre, sans chercher à en
discuter avec Dieu, bien qu’il l’ait fait en d’autres occasions.
Lorsque Dieu menaça de détruire Sodome et Gomorrhe, Abraham négocia
avec Dieu : “Mais si il y a cent personnes honorables dans ces villes,
prendra-Tu le risque de les tuer également ? Bon, d’accord, dit Dieu,
si tu trouves cent personnes honorables, Je ne détruirai pas les
villes. Mais, dit Abraham, si il n’y a que cinquante, quarante, trente,
vingt ou dix personnes ?” Abraham réussit à convaincre Dieu que s’il
n’y avait que 10 personnes honorables dans les villes, Dieu ne les
détruirait pas. Alors pourquoi donc est-ce qu’Abraham n’essaie pas de
négocier avec Dieu pour Isaac ? Certains diront qu’il est trop surpris
pour pouvoir réagir.
J’aimerais suggérer une autre explication : dans ce passage, Abraham semble être à la source de deux concepts modernes : le premier est “savoir choisir ses batailles”.
Hillel a dit : “si je ne suis pour personne, qui est pour moi ?2”, ce qui signifie, si je ne m’aide pas moi-même, personne ne pourra m’aider. Bien qu’il soit parfois nécessaire de dépendre d’autrui, ceci ne doit pas devenir une habitude. On ne peut en fait que compter sur soi-même pour accomplir ce qui est nécessaire au bon déroulement de nos vies.
Régulièrement, nous sommes confrontés à des petites ou plus grandes “batailles”. Et bien qu’il soit tentant de nous lancer dans le feu de l’action, nous devons nous souvenir que cela peut parfois être un gaspillage de notre énergie.
Mais, ne pourrions-nous pas dire que cette bataille est une pour laquelle Abraham devrait se battre ? Après tout, il s’agit de son propre fils ! Une des raisons pourrait être que dans ce cas, Abraham a décidé de “suivre le courant”, qui est un second concept introduit par la Torah.
Dans notre vie quotidienne, nous sommes confrontés à des choix et des décisions qui affectent nos vies, et nous avons le pouvoir de décider dans quelle direction nous voulons qu’elle aille. Cependant, il arrive que des décisions et des événements qui influent sur notre vie soient en dehors de notre contrôle. Comment alors gérer ces moments ? Parfois, tout s’arrange pour le mieux, et d’autres fois, nous sommes affectés d’une manière négative. Ne pas pouvoir contrôler chaque détail de notre vie peut être effrayant, mais on nous dit qu’il faut simplement “faire avec”. Et bien qu’à un moment précis ceci peut être le pire conseil que l’on ait reçu, il s’agit en fait d’une suggestion très sage. Je m’explique : “faire avec” quelque chose ne signifie pas uniquement faire avec physiquement. Cela signifie aussi accepter que nous ne contrôlons pas cette situation particulière. Mais en acceptant que nous ne la contrôlons pas, nous sommes capables de regagner le contrôle d’un certain aspect de notre vie : nos émotions. En “faisant avec” et en “suivant le cours”, Abraham put emmener Isaac et deux serviteurs pour un voyage de trois jours qui semble s’être déroulé sans incidents. Ceci n’aurait sûrement pas été de même si Abraham n’avait pu se maîtriser : on peut imaginer qu’ Isaac et les deux serviteurs se seraient révoltés et aient été complètement traumatisés (quoiqu’ Isaac l’a sûrement été de toutes façons). En tous les cas, l’accomplissement du commandement divin n’en aurait été que plus difficile.
Ceci n’est pas la première fois qu’Abraham est confronté à un commandement difficile. Plus tôt dans sa vie, Dieu commanda à Abraham de quitter sa maison, et d’aller “vers une terre que Je t’indiquerai” Abraham fit preuve de grand courage et quitta ce qu’il connaissait, et ce qui lui était familier, et alla… Il ne savait pas vers où, mais il savait que cette fois était une de celles où il faut “suivre le courant”.
A travers l’histoire de l’Akedah, et le personnage d’Abraham, nous apprenons l’importance d’avoir une vision large de notre vie, l’importance de voir au-delà d’un événement, pour comprendre le rôle qu’il peut jouer dans notre futur.
Au-delà d’être une célébration, Rosh Hashanah nous offre l’opportunité de réfléchir. Traditionnellement, nous sommes censés passer les dix jours qui séparent Rosh Hashanah et Yom Kippour à nous repentir, à demander pardon aux personnes que nous pourrions avoir offensées ou blessées. Ceci est une étape importante, qui nous permet d’être en harmonie avec les personnes qui nous entourent, et avec nous-mêmes.
Puisse l’année 5767 nous apporter la vision de regarder au-delà des détails et d’accomplir les objectifs que nous nous sommes fixés !
1 Talmud Rosh Hsahsnah 11b
2 Pirkei Avot 1 ;14
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