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02 août 2006

Renouveler notre approche du judaïsme

Par René Pferzel

Un midrash raconte qu’à Rosh Hashana le monde passe devant le trône du Saint, Béni-Soit-Il pour être jugé et que le sort de chacun est scellé à Yom Kippour. La période qui sépare ces deux solennités est appelée par notre Tradition “les Dix Jours de Repentance”, car durant cette période, nous avons la capacité de faire un retour sur nous-mêmes, ce qu’on appelle en hébreu la techouva, mot dont l’étymologie suggère que l’individu s’arrête sur son chemin, se retourne (chouv) et considère ses actes pour voir s’ils sont en conformité avec les buts éthiques auxquels il aspire.

Lg_roshhash2 Cette période est propice au pardon que l’on cherche et que l’on offre, toutefois nos sages rappellent que ces dispositions d’esprit ne doivent pas être uniquement réservées à ces “Jours Terribles”, mais dans la mesure du possible, elles doivent nous accompagner durant toute l’année.
Il existe aux Etats-Unis un nouveau courant dans le judaïsme non-orthodoxe, qui s’ intitule Aleph : Alliance for Jewish Renewal. Voici comment il se définit lui-même. “Le Jewish Renewal (terme laissé à votre libre traduction) est un mouvement mondial, transdénominationel fondé sur les traditions mystiques et prophétiques du judaïsme. Le Jewish Renewal s’isncrit dans le processus perpétuel de renouveau dans le judaïsme. Le Jewish Renewal cherche à apporter de la créativité, de la joie, une conscience totale à la pratique spirituelle comme un moyen de préserver, corriger nos cœurs (tikkun halev)”
(cf. le site www.aleph.org).
Il puise ses racines spirituelles dans le hassidisme et dans la kabbale tout en puisant dans les évolutions récentes du judaïsme. Ses deux fondateurs, Rabbi Shlomo Carlebach et Rabbi Zalman Schachter-Shalomi ont été formés dans le mouvement loubavitch qu’ils ont ensuite quitté dans les années 60 pour créer leur propre mouvement et ordonner leurs propres rabbins. Ce mouvement emprunte beaucoup à la religiosité hassidique, notamment la danse, les chants, la méditation, ainsi qu’une certaine forme de mystique empruntée à la kabbale, mais il ne fait pas partie de la nébuleuse “New Age” qui a façonné certaines formes de spiritualité.

En outre, bien qu’il se définisse comme “transdénominationel”, ses positions sur la halakha sont proches de celles du mouvement libéral. Les rabbins formés par le séminaire rabbinique Aleph ne sont pas reconnus par la Central Conference of American Rabbis, organisme qui regroupe les rabbins non-orthodoxes d’Amérique du Nord qui n’a pas validé la formation dispensée aux étudiants rabbins. Cela n’empêche pas ce mouvement de compter plusieurs dizaines de communautés et d’apparaître en Europe. Quoiqu’on puisse penser d’Aleph, il montre la vitalité inhérente du judaïsme à repenser ses voies, à renouveler son regard.
La techouva des “Jours Terribles” est aussi un appel à renouveler, ou pour le moins à reconsidérer notre relation au Dieu d’Israël. Un des rabbins du Jewish Renewal, Rabbi Marcia Prager, a écrit en 1998 un livre intitulé The Path of Blessing. Experiencing the Energy and Abundance of the Divine. Cet ouvrage est une réflexion sur les premiers mots qui composent les bénédictions que nous prononçons à différents moments : baroukh atah adonaï elohenou melekh haolam. Voici ce qu’elle écrit à propos du nom de Dieu Adonaï : “la sagesse juive nous enseigne un nom imprononçable pour nous rappeler le pouvoir éternel, la source de tout ce qui se trouve au-delà de notre compréhension. C’est le nom “caché” dans son imprononçabilité ; caché car nous pouvons tendre vers lui mais sans pouvoir le dire, caché car sa véritable nature est de tendre au-delà de lui-même vers le mystère ultime de l’existence. Lorsque nous voyons le Nom, nous pouvons uniquement nous arrêter et respirer. Le nom de Dieu reflète les multiples facettes du cristal qui a été révélé à notre peuple. Dans la tradition juive (et musulmane), nous nommons l’Unique par différents termes descriptifs. La prière juive est un riche trésor de noms de Dieu et de mots de louange. Yotser signifie créer comme un artisan à partir de ce qui existe déjà. Parfois, nous nommons Dieu le grand Yotser, l’Artisan. Nous l’appelons aussi Borè, celui qui crée toutes choses à partir de rien. Nous l’appelons Ha’Rachaman, Source d’amour et de compassion. Rechem signifie “matrice” et Ha’Rachaman est l’aspect du Saint, Béni-Soit-Il comme la Source de toute nourriture. Nous nommons Dieu M’kor Ha’Chayyim, Source de vie ; Ayn Sof, l’Illimité, le Sans Fin ; Chey Ha’Olamim, la Force vitale du temps et de l’espace ;
El Elyon, le Très-Haut ; Ma’ayan Raz,  le Puits mystérieux ; Goel, le Sauveur ; Atika Kadisha, le Saint Ancien ; Yah, le Souffle de vie ;
El Ro’i, le Dieu qui me voit ; Ha’Makom, le Lieu du monde, le Lieu où nous allons. Parfois, nous appelons simplement Dieu Ha’Shem, le Nom. Lorsque nous voyons écrit le Nom imprononçable ou que nous voulons l’évoquer dans une discussion, il est habituel de glisser un autre nom, un de ces noms par lesquels nous nous adressons à l’Unique avec toute notre kavannah, notre intention. De nombreux mots, comme Rachamana ont été choisis à cause de l’expérience particulière de Dieu qu’ils évoquent. Depuis la destruction du Temple cependant, la coutume prédominante dans la prière, l’étude et la bénédiction a consisté à se concentrer sur le Nom imprononçable dans la méditation et d’y substituer le nom vocalique Adonaï.
La tradition juive enseigne que chaque nom que nous utilisons pour le Dieu qui est au-delà du Nom est un point d’accès à une expérience relationnelle différente avec Dieu. Yosef Gikatilla, un kabbaliste du XIIIe siècle, a écrit : il y a tant de portes dans la maison de l’Unique. Des portes à l’intérieur des portes !… Elles sont toutes contenues dans les quatre lettres du Tétragramme. Mais chaque porte a un nom unique et une seule fonction, comme une vaste maison-trésor avec de nombreuses pièces comportant un trésor unique dans chacune. Qu’est Adonaï ? Dans la liturgie des Grandes Fêtes, dans le texte des prières Ki Hineh k’Chomer et Ki Anu Amekha, la relation mutuelle Dieu-Homme apparaît comme un thème central. Quand nous sommes comme de l’argile, les mains du potier sont les Tiennes ; lorsque nous devenons de l’argent fin, Tu es celui qui nous polis. Parfois nous sommes le verre fondu qui reçoit le souffle du verrier. Lorsque nous nous tournons vers toi pour requérir ton aide, Tu viens vers nous comme le berger ; lorsque nous avons besoin de réconfort, tu es le Consolateur ; lorsque nous avons besoin de force, Tu es celui qui nous donnes de la force. A chaque fois que nos besoins nous guident vers Toi, Tu diriges vers nous ta Face qui correspond à ces besoins. De même que l’argile monte dans les mains du potier, nous grandissons dans les Tiennes. Voilà le sens du mot Adon, Adonaï, [Maître, Seigneur] dans le royaume de notre relation avec Dieu, dans le grand projet artistique de la Création”
(op. cit. p. 99 et sq.).
Lorsque nous serons seuls face à nous-mêmes durant les longs offices des Grandes Fêtes, cette réflexion sur les différents noms de l’Unique nous aidera peut-être à approfondir notre relation à l’Imprononçable, à renouveler notre approche du judaïsme.
René Pferzel

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