Par le rabbin Pauline Bebe
Shema ! L’un des mots les plus connus peut-être de la langue hébraïque, apparaît 1159 fois dans le Tanakh, récité deux fois par jour, présenté comme étant un des textes les plus importants de notre tradition, premier texte appris par les enfants, texte récité au crépuscule de la vie, à l’aube d’un voyage « en demeurant à la maison, en se couchant et en se levant » (Deut.6 :7).
Shema ! Cette injonction de trois lettres shin, mem, aïn, qui invite à l’écoute, à l’attention, parole qui intime le silence, mot qui invite à se taire, mot qui peut n’être suivi d’aucun autre mot, qui se suffit à lui-même. Shema ! Prête l’oreille ! Pourquoi ce mot est-il si essentiel à notre tradition juive ? Shema Israël La plupart des philosophies, la plupart des religions posent comme principe des affirmations, notre tradition a comme idée centrale une invitation à l’écoute, un soupir, une respiration. Ka mashma lan ? Que pouvons-nous apprendre de ce fait, est la question leitmotive du Talmud ? Quel enseignement pouvons-nous en déduire ? Peut-être que l’écoute est la dimension nécessaire de la civilisation, qu’au-delà de l’écoute de l’autre, il y a l’écoute de soi et au-delà de soi cette petite voix fine et silencieuse dont parle le prophète Elie, kol demama daka.
Nous vivons dans un monde de trop plein de mots. Nous sommes assaillis de messages écrits, oraux, audio-visuels, cybernétiques. Nous apprenons à parler, écrire, discuter, intervenir, répondre, argumenter. Mais tout cela est-il possible sans le partenaire sine qua non de la parole : le silence, l’écoute, les blancs entre les lignes, les espaces entre l’écriture, les soupirs entre les notes de musique. A quoi sert de parler, si l’autre n’écoute pas ? Combien d’entre nous font semblant d’écouter, préparent leur réponse pendant que l’autre parle, pensent à autre chose, sont distraits par l’environnement, pensent à leur apparence en train d’écouter, pensent à l’effet que la réponse produira sur l’autre une fois qu’il l’aura entendu, pensent à eux-mêmes au lieu de penser à l’autre. Combien d’entre nous attendent que l’autre ait fini de parler pour pouvoir intervenir sans pour autant écouter ce qu’il dit ?
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