24 mai 2007

Retour de Jérusalem

Par Daniela Touati

Du 15 au 20 mars dernier se déroulait le 33e congrès de la WUPJ (World Union for Progressiv Judaism). Pour ceux d’entre vous qui ne connaissent pas encore cette organisation, c’est elle qui coiffe plus de 1500 communautés libérales ou progressistes à travers 30 pays et sur les 5 continents, dont l’UJLL bien sûr. Ce type de convention a lieu tous les 2 ans et une fois sur 2 à Jérusalem, siège mondial de la WUPJ.
Bien que nous soyons une goutte d’eau dans cette organisation, où les Etats-Unis sont largement prépondérants (900 communautés représentent jusqu’à 25000 familles pour les plus importantes) et que pour des raisons personnelles ce ne fût pas le meilleur moment pour m’absenter quelques jours loin des miens (une mère juive qui se respecte ne peut pas partir en plein préparatifs de la Bat- Mitsva de sa fille !), je me suis tout de même laissée convaincre. Bien m’en a pris, je ne regrette pas une seconde d’avoir participé à cette « grand messe » du judaïsme libéral ! On peut faire confiance aux Américains pour organiser de manière absolument parfaite ce genre d’évènement : tout était bien orchestré, de la remise des badges (tickets repas inclus dans la pochette marquée à son nom !) jusqu’à la soirée d’ouverture alternant show (à l’américaine !) et discours enthousiastes, en passant par les visites guidées et autres soirées de gala. Je me suis laissée charmer par Danny Maseng en guest star, qui a accompagné l’office du shabbat de ses chants liturgiques empreints de musique folk américaine… et je l’écoute depuis tous les matins, au grand désespoir des miens, moins accros. Bien sûr, c’est l’occasion de faire des rencontres de quelques instants, mais aussi de créer des liens plus durables, de réfléchir à l’avenir du judaïsme libéral. Je me suis laissée emporter par nos traditions lors d’une visite de la vieille ville avec un guide (rabbin) extraordinaire : la fin de ce parcours sur le thème des « psaumes » où nous, une dizaine de juifs de tous horizons, avons chanté la Hatikva parmi l’appel des Muezzins à la prière et les cloches des églises, a été totalement magique ! Chaque rencontre fût unique, et des échanges très brefs m’ont émue, et fait réfléchir longtemps après.

C’est également très instructif : je me suis rendue compte que de nombreuses communautés ne comptaient pas plus de familles que la nôtre et ce, même à Tel Aviv ! A Jérusalem l’une d’entre elles a choisi de ne pas avoir de rabbin et ses membres dirigent les offices à tour de rôle (Minian assuré !). Enfin, sans argent, le nerf de la guerre, ce mouvement ne se serait pas développé de manière aussi dynamique. Et les riches communautés américaines sont très solidaires et généreuses avec leurs homologues européennes, notamment les communautés naissantes d’ex-Europe de l’Est, tout cela dans un esprit de simplicité et sans aucune arrogance comme on aurait pu le craindre. C’est particulièrement stimulant de faire partie d’un tel mouvement, de se sentir entouré, de s’apercevoir que tant de personnes à travers le monde s’investissent et se sentent concernés par des sujets de fond : le développement de ce courant du judaïsme, la transmission à nos jeunes de cet enseignement moral et religieux et, au-delà, comment faire pour les retenir parmi nous pour qu’ils diffusent à leur tour ces valeurs.
Dynamisée, ressourcée, je reviens vers vous avec des idées, des projets et beaucoup de travail à mettre en place en comptant sur la contribution, même infime, de chacun et chacune d’entre vous !

15 février 2006

D'une capitale à l'autre

Un groupe de 30 personnes de notre communauté sera à Paris le 19 mars prochain pour une journée consacrée à la découverte du "Paris Juif". Le matin, Musée d’art et d’histoire du judaîsme, puis après un déjeuner dans un restaurant de la rue des Rosiers, visite du Mémorial de la Shoah, rue Geoffray l’Asnier.
La visite du Musée d’Art et d’Histoire du judaïsme permettra au groupe, en plus de l’exposition permanente, de découvrir une nouvelle exposition temporaire conçue par Emmanuelle Polack, historienne et archiviste à l’Ort France.
C’est dans les archives de l’Ort, institution internationale d’éducation et de formation née à la fin du 19ème siècle en Russie, que furent retrouvées 250 photographies sur plaques de verre, témoignant d’un épisode relativement peu connu de l’histoire contemporaine des communautés juives : la création et le développement de “colonies agricoles juives” par les nouvelles autorités soviétiques, au début des années vingt.

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10 mars 2004

Les juifs du Sahara

Par Brigitte Frois
Au cœur du Sahara occidental,à égale distance de l’Atlantique et de la Méditerranée, une région particulièrement isolée : le Touat. C’est là que choisirent de s’installer, au début du IIe siècle, des descendants de juifs chassés de Palestine après la destruction du Temple de Jérusalem. Les juifs touatiens entreprirent de recréerune communauté, de fertiliser le désert, de réaliser des travaux d’irrigation. Puis, lorsque le dromadaire fut introduit au Sahara, ils se lancèrent dans la grande aventure du commerce caravanier.
La prospérité du Touat fit sa renommée jusqu’en France et en Orient et le nom de la capitale,Tamentit, devintmythique, comme ceux deTombouctou et Chinguetti. De la “petite Jérusalem” saharienne ne subsistent ni synagogue, ni cimetière, pas un seul document hébraïque attestant une présence juive longue de treize siècles.Pourtant, sur place, des hommes pratiquent encore certains rites mystérieux, chantent des litanies dont ils ignorent l’origine,usent de patronymes et de toponymes, à priori énigmatiques.Voici les indices que nous livrent la toponymie : le patronyme Touati très répandu en Europe et aux Amériques avec ses nombreuses variantes :Touat, Touaty, Thouati, Toati, Tuati, Atuati, Etuati. Touati fut sans aucun doute à l’origine un surnom, au sens le plus précis du terme. L’usage, en effet, voulait qu’un élément de “localisation” fût ajouté au nom d’un étranger pour se donner les moyens de le “situer”. Or, il est souvent arrivé que ce type de surnom se réfère au lieu d’origine ou ait pris valeur de patronyme. La fréquence du surnom Touati, devenu patronymique, en Afrique noire, à Fès, à Tlemcen et aujourd’hui en Europe, dit assez si les Touatiens étaient par le passé de grands voyageurs. Il faut préciser que ce patronyme est retrouvé chez les juifs comme chez les musulmans. Le patronyme Gourari (variante Gourary) : ancien surnom géogra-phique sous la forme de “Al Gourari” (du Gourara), plus répandu parmi les musul-mans notamment à Tlemcen. Le patronyme Znati (variantes : Zinati, Zenati, Zenath, Eznati, Aznat) fait directement référence à l’ethnie des Zénètes, chameliers de l’est, arrivés vers le IVe siècle. Or, il reste au Touat et surtout au Gourara, des “Berbères zénètes” parlant le znatiya (le berbère) et considérés ou reconnus parfois commed’anciens juifs. Ce patronyme a été porté par des juifs célèbres : Abraham Zenati, rabbin à Salé au Maroc à la fi n du XVIIe siècle et Yossef Zenati, rabbin marocain au XVIIIe siécle. Le patronyme Amar (variantes Amor, Ammor, Amer, Ammar) : nom juif d’origine berbère marocaine(tribu des Ba’Amran du Dra), répandu dans l’ouest du Sahara et du Maghreb,tant parmi les juifs que les musulmans.A Tamentit, il reste un quartier “Amar Akbour”, dont les habitants furent parmi les premiers juifs du Touat. Autres patronymes, les plus fréquents dans les cités refuges qui ont recueilli des juifs du Touat après 1492, notamment Kenadza, sont :Drai, Teboul (Abitbol), Benitba, Chekroun, Benichou.Extraits d’une publication du département histoire du CNRS de Jacob Oliel.Ainsi il existe au Maroc un patrimoine judéo-berbère constitué par une coexistence deux fois millénaire, les juifs étant présents dans ce pays avant l’apparition de l’Islam.Les lieux saints étant devenus inaccessibles après la destruction du Temple par Titus au Ve siècle avant J.C., il se crée dans l’effervescence kabbalistique un mouvement mystique. Un espace de sainteté apparaît parallèllement au maraboutisme musulman.C’est ce que montre dans son livreLe Monde de la Légende, Haïm Zafrani, qui travaille depuis 50 ans sur la convergence des formes culturelles très proches de l’Islam et du Judaïsme dans les domaines philosophiques, mystiques, poétiques, musicaux, littéraires et populaires : dans les mêmes lieux se sont développées les croyances dans les saints musulmans et juifs, croyances parfois partagées.

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